top of page

Et vous, que faites-vous de votre violence ?

25 août
6 min de lecture
Réflexion psychanalytique sur les violences sociales, la haine sur les réseaux sociaux et notre manière d’y répondre.
Face à la violence, une autre possibilité demeure : tenter de comprendre avant de répondre.

Regard analytique — Réflexion autour de Psychologie des violences sociales, de Gustave-Nicolas Fischer


Depuis plusieurs mois, je me suis fait plus discret sur les réseaux sociaux.

Non par désintérêt pour ce qui s'y dit ou pour les échanges qu'ils permettent, mais parce que j'y observais de plus en plus fréquemment quelque chose qui m'interrogeait : une forme de violence devenue presque ordinaire.

Il suffit parfois de parcourir quelques commentaires.

Une actualité. Une opinion politique. Une personnalité publique. Une profession. Une manière de vivre. Une apparence physique. Une simple divergence de point de vue.

Et très rapidement, le débat peut disparaître.

On ne discute plus seulement une idée : on attaque celui qui la porte.

On juge.

On ironise.

On humilie.

On condamne.

Parfois avec une violence telle que certains propos franchissent même les limites de ce qui pourrait être considéré comme un simple désaccord.

J'ai longtemps observé ces phénomènes sans réellement savoir quoi en faire.

Ils pouvaient me heurter, parfois me mettre en colère également. Car être psychanalyste ne signifie évidemment pas devenir imperméable à ce que l'on observe du monde.

Mais précisément : que faisons-nous de ce qui nous heurte ?


Cette question a progressivement pris davantage de place.

Et c'est notamment elle qui m'a conduit à lire Psychologie des violences sociales, de Gustave-Nicolas Fischer.

Non pour chercher une réponse définitive à la violence humaine.

Mais pour essayer de la penser.


Quand le désaccord ne suffit plus

Le conflit fait partie de la vie humaine.

Nous ne pouvons pas tous penser de la même manière, partager les mêmes valeurs, les mêmes croyances ou les mêmes représentations du monde.

Et heureusement.

La confrontation à une pensée différente peut nous obliger à argumenter, à préciser notre propre position et quelquefois même à la remettre en question.

Mais ce que j'observe régulièrement sur les réseaux sociaux semble parfois relever d'autre chose.

Il ne s'agit plus de dire :

« Je ne suis pas d'accord avec vous. »


Il semble parfois nécessaire de démontrer que l'autre est mauvais, stupide, dangereux, méprisable ou illégitime.

Comme si réfuter son idée ne suffisait plus.

Il faudrait également atteindre celui qui la porte.

Et c'est précisément ce passage qui m'interroge.


À quel moment cessons-nous de discuter avec quelqu'un pour commencer à vouloir le combattre ?


Psychanalyste en réflexion autour des mécanismes de violence sociale et de leurs effets dans nos relations.
Comprendre la violence suppose parfois de s’arrêter avant d’y répondre.

Sommes-nous devenus plus violents ?

Je ne suis pas certain que la question puisse être posée aussi simplement.

Peut-être les réseaux sociaux rendent-ils surtout visible une violence qui a toujours appartenu aux relations humaines.

Mais ils lui offrent quelque chose de nouveau : l'immédiateté.

Quelques secondes suffisent désormais pour ressentir, réagir et publier.

Il n'existe presque plus de délai entre l'émotion et sa mise en circulation.

Nous pouvons être indignés à 14 h 03 et avoir déversé cette indignation sur un inconnu à 14 h 04.

Et cette immédiateté mérite peut-être que nous nous y arrêtions.

Car penser demande du temps.

Nuancer demande du temps.

Essayer de comprendre pourquoi une personne pense différemment de nous demande du temps.

Réagir, en revanche, peut être instantané.


Un monde psychiquement fatigant

Il existe également quelque chose que je trouve difficile d'ignorer : nous sommes fatigués.

Pas nécessairement individuellement, ni tous de la même manière.

Mais notre époque nous confronte continuellement à des informations susceptibles de nous inquiéter, de nous révolter ou de nous diviser.

Guerres. Crises économiques. Incertitudes environnementales. Tensions politiques. Transformations sociales. Précarité. Informations continues.

À cela s'ajoutent évidemment nos propres préoccupations.

Le travail.

La famille.

Le couple.

L'argent.

La solitude.

La santé.

L'avenir.

Et nous faisons entrer une grande partie de tout cela dans notre quotidien par un objet que nous gardons parfois plusieurs heures par jour entre nos mains.

Alors une question me vient :

que devient notre capacité à penser lorsque nous sommes psychiquement saturés ?


Lorsque l'espace intérieur se réduit, sommes-nous encore aussi disponibles pour la nuance, l'altérité et la complexité ?

Ou devenons-nous plus prompts à réagir ?

La question mérite au moins d'être posée.


Derrière l'opinion, il y a un sujet

Il existe pourtant une réalité extrêmement simple que les réseaux sociaux nous permettent parfois d'oublier.

Derrière un commentaire se trouve quelqu'un.

Une histoire que nous ignorons.

Une construction psychique que nous ne connaissons pas.

Des expériences dont nous ne savons rien.

Des blessures, des contradictions, des peurs, des désirs.

Autrement dit : un sujet.

La psychanalyse nous apprend précisément à nous méfier des évidences.

Un comportement ne dit jamais tout d'un individu.

Une parole ne résume pas une existence.

Et ce que nous percevons de l'autre passe également par notre propre histoire, nos représentations, nos affects et nos projections.

Cela ne signifie évidemment pas que toutes les paroles doivent être acceptées.

Comprendre n'est pas excuser.

Penser n'est pas cautionner.

Poser une limite reste parfois indispensable.

Mais nous pouvons poser cette limite sans nécessairement détruire symboliquement celui qui se trouve de l'autre côté.


Et notre propre violence ?

Il est assez facile de repérer la violence des autres.

Elle choque.

Elle indigne.

Elle nous permet parfois même de nous sentir très différents de celui qui l'exprime.

Regarder la nôtre est autrement plus inconfortable.

Pourtant, l'agressivité appartient à la vie psychique.

Nous pouvons être traversés par la colère, l'envie, la jalousie, le ressentiment, le désir d'avoir raison, celui de rendre ce que nous avons reçu ou parfois simplement l'envie de faire taire celui qui nous dérange.

Reconnaître cela ne signifie pas devenir violent.

Bien au contraire.

Car entre ce que nous ressentons et ce que nous faisons existe parfois un espace.

Et cet espace m'intéresse particulièrement.

Que vais-je faire de ce qui vient d'être réveillé en moi ?


Tout ne mérite peut-être pas une réponse

Les réseaux sociaux nous donnent une possibilité extraordinaire : celle de pouvoir réagir presque à tout.

Mais une possibilité n'est pas une obligation.

Nous pouvons lire quelque chose qui nous dérange et ne pas répondre.

Nous pouvons rencontrer une pensée que nous jugeons absurde et continuer notre chemin.

Nous pouvons également choisir de discuter, de questionner, d'argumenter.

Et nous pouvons parfois reconnaître qu'un échange ne produira rien d'autre qu'une escalade.

Ne pas répondre n'est pas toujours fuir.

Cela peut également être une manière de ne pas transformer une émotion momentanée en acte dirigé contre quelqu'un.

Quelques secondes peuvent parfois suffire.

Quelques secondes pour se demander :

Pourquoi ai-je autant besoin de répondre ?

Qu'est-ce que cette parole vient toucher chez moi ?

Est-ce réellement cette personne que je combats, ou ce qu'elle représente pour moi ?

Qu'est-ce que je cherche à obtenir en écrivant ce commentaire ?


Et peut-être la question la plus simple :

Est-il nécessaire que je l'écrive ?


Penser plutôt que réagir

Je ne crois pas qu'une société puisse exister sans agressivité, sans conflit ni opposition.

Ce serait probablement nier une partie de ce que nous sommes.

La question n'est donc peut-être pas de devenir parfaitement bienveillants.

Elle serait plutôt d'apprendre à reconnaître ce qui nous traverse suffisamment tôt pour ne pas en devenir systématiquement les exécutants.

Nous ne choisissons pas toujours ce que quelque chose provoque en nous.

En revanche, nous pouvons parfois choisir ce que nous allons en faire.

Transformer une colère en pensée.

Un désaccord en discussion.

Une blessure en questionnement.

Ou simplement décider que certaines choses ne méritent pas que nous leur donnions davantage de place.

C'est peut-être aussi cela, penser.

Créer un espace entre ce qui nous atteint et ce que nous allons rendre au monde.



Lecture de Psychologie des violences sociales de Gustave-Nicolas Fischer dans une réflexion sur la violence et les réseaux sociaux.
Derrière la violence visible se trouvent aussi des mécanismes individuels, relationnels et collectifs qu’il nous appartient d’interroger.

Et vous ?

Je terminerai volontairement sans apporter de réponse.

Parce que certaines questions ont probablement davantage de valeur lorsqu'elles restent ouvertes.

Quelle place la violence occupe-t-elle dans votre manière d'être en relation avec les autres ?

Lorsque quelque chose vous heurte, savez-vous reconnaître ce que cela provoque en vous avant d'agir ?

Lorsque vous êtes profondément en désaccord, cherchez-vous à contredire une idée ou à atteindre celui qui la porte ?

Pouvez-vous parfois choisir de ne pas répondre ?

Et lorsque vous observez la violence de l'autre…

êtes-vous encore capable d'interroger la vôtre ?

Peut-être que nous ne pouvons pas décider de la violence qui circulera demain dans le monde.

Mais nous pouvons encore nous demander ce que nous choisissons, individuellement, d'y ajouter.


Emmanuel Page Psychanalyste



Référence bibliographique

FISCHER, Gustave-Nicolas, Psychologie des violences sociales, Dunod.

Cet ouvrage a accompagné la réflexion à l'origine de cet article. Il ne s'agit pas ici d'en proposer une recension ou une synthèse, mais de prolonger certaines interrogations autour de la violence, de l'agressivité et de nos relations contemporaines.

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
  • Facebook
  • LinkedIn
  • Instagram
emmanuel-page-psychanalyste.jpg

📍 Consultations à Sergenon (Jura) ou en visio – France & pays francophone , Suisse, Belgique, Canada, Luxembourg... 

 

 📧 contact@emmanuelpagepsy.fr


🌐 www.emmanuelpagepsy.fr


🔒 Psychopraticien – Non conventionné – Supervisé 


📜 [Mentions légales] | [Politique de confidentialité] | [CGV]

Besoin de clarté ou d’un vrai soutien ?

Je propose des séances de thérapie analytique et d’hypnose ericksonienne, en ligne pour toute personne francophone (France, Belgique, Suisse, Canada, etc.) et en cabinet à Sergenon. Selon vos besoins et votre localisation, vous pouvez choisir la consultation à distance, confortable et flexible, ou le suivi en présentiel dans un cadre chaleureux et confidentiel.

Vous traversez une période de doute, de blocage ou de fatigue intérieure ?
Je vous accueille dans un espace de transformation, sans jugement, avec méthode et humanité.

Avancer, c’est déjà changer.
Laissez-moi vous y aider.

🔘 Pour prendre rendez-vous contactez moi.

TEL : 06.74.88.51.64

2, rue du pasquier 

39120 Sergenon (France)

⚠️ Les consultations proposées sont réalisées dans un cadre non médical. En tant que psychopraticien non conventionné, je ne délivre ni diagnostic, ni prescription médicale. Mes prestations ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. Toutefois, certaines mutuelles prennent en charge une partie des consultations. Renseignez-vous auprès de la vôtre.

Emmanuel Page – Psychanalyste – Supervision régulière – Consultations en cabinet et en visio.

Politique de confidentialité

Déclaration d'accessibilité

Conditions générales

Politique de remboursement

 

© 2026 Par emmanuelpagepsy.fr. Propulsé et sécurisé par Wix 

 

bottom of page