Pourquoi les bonnes résolutions ne tiennent pas… et ce que la thérapie nous apprend vraiment
- Emmanuel Page

- il y a 4 jours
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Introduction – Chaque année, les mêmes promesses
Chaque début d’année, le rituel est le même. Mieux manger, faire du sport, arrêter de fumer, prendre soin de soi, changer de travail, aller mieux. Les bonnes résolutions naissent souvent dans un élan sincère, portées par l’espoir d’un renouveau.
Et pourtant, quelques semaines plus tard, parfois quelques jours, elles s’effacent. Alors surgit une conclusion brutale : « Je manque de volonté », « Je ne suis pas assez discipliné », « Je n’y arrive jamais ».
Mais si le problème n’était pas la motivation ? Et si ces échecs répétés n’étaient pas un défaut personnel, mais le résultat d’un fonctionnement cérébral parfaitement normal ?
Les recherches en psychologie et en neurosciences montrent aujourd’hui que le changement durable ne repose pas sur la force de volonté, mais sur des mécanismes bien plus subtils. Et c’est précisément ce que l’on retrouve dans le travail thérapeutique : un processus progressif, répétitif, parfois fatigant au début, mais profondément transformateur sur le long terme.

1. La volonté n’est pas infinie
On imagine souvent la volonté comme une force intérieure inépuisable. En réalité, elle fonctionne davantage comme une ressource limitée.
La volonté mobilise une zone précise du cerveau : le cortex préfrontal, impliqué dans la prise de décision, la planification, l’inhibition des impulsions et l’effort conscient. Chaque fois que nous résistons à une tentation, que nous changeons une habitude ou que nous nous forçons à faire autrement, cette zone est sollicitée.
Le psychologue Roy Baumeister a montré que plus le cortex préfrontal est sollicité, plus il se fatigue. Résultat : à mesure que la journée avance, ou que les efforts s’accumulent, la capacité à maintenir une résolution diminue.
Ce n’est donc pas un manque de volonté qui fait échouer les bonnes résolutions, mais un épuisement de cette ressource. Forcer, lutter, se contraindre sans relâche conduit souvent à l’effet inverse : l’abandon, puis la culpabilité.
C’est exactement pour cette raison que les changements “radicaux” décidés du jour au lendemain tiennent rarement. Le cerveau n’aime ni la brutalité, ni la surcharge. Il préfère la continuité, la répétition et la sécurité.
2. Notre cerveau fonctionne en pilote automatique
Contrairement à ce que l’on aime croire, nous ne prenons pas consciemment toutes nos décisions. Une grande partie de nos comportements quotidiens se déroule sans réflexion, presque mécaniquement.
La psychologue Wendy Wood a montré, dès le début des années 2002, qu’environ 43 % de nos actions quotidiennes sont réalisées en pilote automatique. Autrement dit, près de la moitié de ce que nous faisons chaque jour ne relève pas d’un choix conscient, mais d’habitudes déjà installées.
Ces automatismes sont principalement gérés par une autre zone du cerveau : le striatum. Son rôle est simple et extrêmement efficace :
👉 enregistrer les comportements répétés
👉 les rendre de plus en plus automatiques
👉 économiser de l’énergie mentale
Une fois une habitude installée, le cerveau n’a plus besoin de solliciter la volonté ou la réflexion. L’action se déclenche presque toute seule, souvent en réponse à un contexte précis : une heure, une émotion, un lieu, une situation.
C’est là que se joue l’échec de nombreuses bonnes résolutions. Elles reposent sur le cortex préfrontal, l’effort, la décision, la contrainte, alors que les anciennes habitudes, elles, sont solidement ancrées dans le striatum.
Résultat :
la volonté lutte,
les automatismes résistent,
et à la moindre fatigue, le cerveau revient à ce qu’il connaît déjà.
Ce n’est pas une faiblesse personnelle. C’est simplement le cerveau qui choisit la voie la plus économique.
Changer une habitude ne consiste donc pas à supprimer un comportement par la force, mais à en créer un nouveau suffisamment répété pour qu’il prenne progressivement sa place. Et cela demande du temps, de la patience… et surtout un cadre adapté.
3. Changer une habitude, ce n’est pas décider, c’est répéter
Face aux bonnes résolutions, on confond souvent décision et changement réel. Décider est un acte ponctuel. Changer, lui, est un processus.
Lorsqu’une nouvelle habitude est mise en place, elle sollicite fortement le cortex préfrontal. Au début, chaque action demande un effort conscient : penser différemment, agir autrement, résister à l’ancien automatisme. Cette phase est coûteuse en énergie, souvent inconfortable, et parfois décourageante.
C’est précisément à ce moment-là que beaucoup abandonnent, pensant que “ça ne marche pas” ou que “ce n’est pas fait pour eux”. En réalité, le cerveau est simplement en phase d’apprentissage.
À force de répétition, le comportement commence peu à peu à être pris en charge par le striatum. Ce qui demandait auparavant un effort devient plus fluide, plus naturel, presque réflexe. Le changement ne repose plus sur la volonté, mais sur l’automatisation.
Autrement dit, une habitude durable ne se crée pas par un grand élan de motivation, mais par une répétition suffisamment régulière et réaliste. Ce n’est pas l’intensité qui transforme, mais la constance.
Cette logique est valable pour l’alimentation, le sport, la gestion des émotions, mais aussi pour la manière de penser, de réagir ou de se percevoir. Le cerveau apprend exactement comme un muscle : progressivement, par ajustement, et avec le droit à l’erreur.
C’est là que le parallèle avec le travail thérapeutique devient particulièrement éclairant.
4. Le travail thérapeutique fonctionne de la même manière
Le travail thérapeutique est souvent imaginé comme une prise de conscience soudaine, un déclic immédiat qui résoudrait tout. En réalité, il repose sur les mêmes mécanismes que l’apprentissage d’une nouvelle habitude. Au début d’une thérapie, l’effort est important. Observer ses pensées, reconnaître ses schémas, questionner ses réactions demande une mobilisation constante du cortex préfrontal. Cette phase peut être fatigante, parfois même décourageante. Il arrive que certaines personnes aient l’impression de “tourner en rond” ou de ne pas avancer assez vite.
Pourtant, c’est précisément là que le travail s’installe. À force de répétition, séances après séances, réflexions après réflexions, quelque chose change. L’observation de soi devient plus naturelle. La prise de recul se fait plus spontanément. Les anciens automatismes perdent progressivement de leur emprise. Peu à peu, ce qui demandait un effort conscient devient un réflexe intérieur. On se surprend à repérer une émotion, un mécanisme de défense ou un schéma relationnel sans y penser. Le travail thérapeutique ne repose alors plus uniquement sur la volonté, mais sur une nouvelle manière d’être au monde, intégrée et stable. C’est pour cette raison que la thérapie ne propose pas des solutions rapides, mais un cadre sécurisant, régulier et progressif. Elle respecte le rythme du cerveau, plutôt que de le contraindre. Là où les bonnes résolutions isolent souvent la personne face à ses efforts, la thérapie accompagne, soutient et structure le changement dans la durée.
5. Thérapie TCC, cerveau et “mauvais comportements” : addictions, peurs et phobies
Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) s’appuient directement sur le fonctionnement réel du cerveau, en particulier lorsqu’il s’agit de comportements dits “problématiques” : addictions, peurs, phobies, évitements ou réactions émotionnelles incontrôlées.
Dans ces situations, le cerveau n’agit pas contre la personne, mais pour sa survie. Une addiction, par exemple, s’installe parce qu’un comportement procure un soulagement immédiat : apaisement, plaisir, diminution de l’angoisse. Le cerveau enregistre alors cette association comme efficace et la confie au striatum, qui va chercher à la reproduire automatiquement.
C’est le même mécanisme pour les peurs et les phobies. Face à une situation perçue comme dangereuse, même de façon irrationnelle, le cerveau déclenche une réponse automatique d’évitement. À court terme, éviter soulage. À long terme, cela renforce la peur et ancre le comportement.
La TCC ne cherche donc pas à “supprimer” ces réactions par la force. Elle vise à désapprendre progressivement des automatismes devenus inadaptés, et à en créer de nouveaux, plus fonctionnels.
Concrètement, cela passe par :
l’identification des pensées automatiques,
la compréhension des liens entre pensées, émotions et comportements,
des expériences répétées et graduelles qui permettent au cerveau d’apprendre autre chose.
Comme pour toute habitude, le changement demande d’abord un effort conscient. Puis, avec la répétition, de nouveaux circuits se renforcent, tandis que les anciens perdent en intensité. La peur diminue, l’envie compulsive s’apaise, et le comportement devient plus libre.
Là encore, il ne s’agit pas de volonté ou de faiblesse, mais d’un réentraînement du cerveau, respectueux de son rythme et de ses mécanismes d’apprentissage.
Conclusion – Et si vos bonnes résolutions n’étaient pas le problème ?
Si les bonnes résolutions échouent si souvent, ce n’est pas parce que les personnes manquent de volonté, mais parce qu’on leur demande de changer contre leur fonctionnement cérébral.
Le changement durable ne se décrète pas. Il s’apprend, se répète, s’intègre.
Comprendre comment fonctionne le cerveau permet de sortir de la culpabilité et du jugement de soi. Plutôt que de viser un changement brutal, il devient possible de s’inscrire dans un processus plus respectueux, plus réaliste, et surtout plus efficace.
Et si, pour 2026, l’objectif n’était pas de “tenir” ses résolutions, mais d’apprendre à changer autrement ?
À retenir : Si vous avez déjà abandonné une bonne résolution, ce n’est pas un échec. C’est souvent le signe que votre cerveau a été sollicité trop vite, trop fort. Le changement durable ne demande pas plus de volonté, mais un cadre, du temps et de la répétition. Et parfois, un accompagnement pour ne plus être seul face à l’effort.
📎 Pour résumer en vidéo
Dans une vidéo récente, la chaîne Jamy - Epicurieux propose un éclairage scientifique accessible sur une question que beaucoup se posent chaque année : 2026 : pourquoi vous ne tiendrez pas vos bonnes résolutions !
En s’appuyant sur les neurosciences et la psychologie, Jamy explique notamment le rôle de la volonté, du cortex préfrontal et des habitudes automatiques dans nos tentatives de changement. Une approche claire et vulgarisée, qui permet de mieux comprendre que l’échec des bonnes résolutions n’est pas une question de motivation, mais de fonctionnement cérébral.
👉 Lien vers la vidéo :
Sources et références
Les éléments présentés dans cet article s’appuient sur des travaux issus de la psychologie scientifique, des neurosciences et des thérapies cognitives et comportementales, ainsi que sur des contenus de vulgarisation validés par des experts du domaine.
Neurosciences, volonté et habitudes
Baumeister, R. F., Bratslavsky, E., Muraven, M., & Tice, D. M. (1998).Ego depletion: Is the active self a limited resource? Journal of Personality and Social Psychology, 74(5), 1252–1265.→ Travaux fondateurs sur la fatigue de la volonté et le rôle du cortex préfrontal.
Baumeister, R. F. (2016). Willpower: Rediscovering the Greatest Human Strength. Penguin Books.→ Ouvrage de référence vulgarisé sur la volonté comme ressource limitée.
Habitudes, comportements automatiques et striatum
Wood, W., Quinn, J. M., & Kashy, D. A. (2002).Habits in everyday life: Thought, emotion, and action. Journal of Personality and Social Psychology, 83(6), 1281–1297.→ Mise en évidence du rôle central des habitudes et du pilotage automatique (environ 43 % des comportements).
Wood, W. (2019).Good Habits, Bad Habits: The Science of Making Positive Changes That Stick.Farrar, Straus and Giroux.→ Référence majeure sur l’apprentissage des habitudes et leur ancrage cérébral.
Thérapies cognitives et comportementales (TCC)
Beck, J. S. (2011).Cognitive Behavior Therapy: Basics and Beyond. Guilford Press.→ Ouvrage fondamental sur les principes des TCC et le lien entre pensées, émotions et comportements.
INSERM (2015).Psychothérapies : efficacité, indications et mécanismes.→ Rapport scientifique français sur l’efficacité des TCC dans les troubles anxieux, phobies et addictions.
Vulgarisation scientifique grand public
Jamy - Epicurieux« 2026 : pourquoi vous ne tiendrez pas vos bonnes résolutions ! »→ Vidéo de vulgarisation scientifique sur le fonctionnement du cerveau, la volonté et les habitudes.







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